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Un blog où je vous fais partager mes chroniques littéraires, mes coups de coeur, j'essaie de mettre en lumière des romans, des livres qui semblent dans l'ombre. Je suis une amoureuse des mots assemblés, de ces personnages de romans que l'on croise, que l'on rencontre dans nos vies.Tous ces mots qui nous enveloppent sans cesse et que l'on n'ose pas dire, qu'on n' arrive pas à écrire, qu'on garde au fond de nous comme des larmes et qu'on retrouve dans les livres. Une page pour partager l'art littéraire, parce que l'art c'est ce qui nous fait respirer et qui nous sauve de tout.

20 Apr

Les enfants sont rois de Delphine De Vigan

Publié par Sansfin

Les enfants sont rois de Delphine De Vigan

Que se passe-t-il quand les plateformes numériques et les réseaux sociaux deviennent le miroir des égos ?  Que se passera t-il quand les gens n’auront plus de followers et de likes pour exister ?

 

Le roman "les enfants sont rois" de Delphine De Vigan nous plonge dans une famille de Youtubeurs. Mélanie la mère de famille est passionnée par la télé-réalité depuis sa création. Après un sombre échec en tant que candidate, elle n’a qu’une idée en tête : devenir célèbre.                                                                      Elle crée une chaîne You Tube " Happy Récré" qui met en avant ses deux enfants Kimmy et Sammy ainsi que son mari qui soutient leur projet. L’intérêt de leur chaîne étant de se filmer dans leur vie quotidienne à l’instant T et de partager leurs vidéos. Mélanie a besoin de reconnaissance, d’être admiré, d’être aimé. Ils finissent par avoir du succès, des millions de followers et gagner beaucoup d’argent, ceci va bouleverser leur vie. Les internautes tombent sous le charme de leurs secrets, de leurs anecdotes et ressentent une satisfaction d’être impliqué dans les choix de la famille. Mélanie met en scène ses enfants pour qu’ils présentent à leurs fans de nombreux produits offerts par leur sponsors, ainsi que les produits dérivés de leur propre marque. Ils participent à des meetings où leurs fans viennent pour les rencontrer et avoir des dédicaces. Les enfants croulent sous les cadeaux, sous une avalanche d’émotions, sous l’hystérie des fans, sous cette impression de ne plus être frustré ni surpris. Des enfants formatés par des parents qui leur disent que pour être aimer il faut faire plaisir à leurs followers. Que vont-devenir ces enfants surexposés par leurs parents quand ils deviendront adultes ?

Et puis tout bascule un jour quand Kimmy leur petite fille de six ans se fait kidnapper. La souffrance de la terreur les submerge, ils prennent conscience des risques et des dangers de leur notoriété.Une vie de famille analysée, scrutée par les enquêteurs à l'affut du moindre indice pour trouver la cause de la disparition

C’est la rencontre de deux femmes, Mélanie Youtubeuse et Clara, policière à la brigade criminelle qui enquête sur la disparition de la fillette. C’est la vision opposée de deux femmes sur la fragilité de s’exposer au grand public. Ce sont leurs manques et leurs blessures intimes qui se confrontent.

La romancière dépeint un monde saturé que les gens ont créé en pensant que la célébrité est à portée de main.. Delphine De Vigan essaie de comprendre au fil des pages ce qui pousse les gens à offrir leur intimité à des inconnus en dehors de cette préoccupation financière.

La caméra et les réseaux sociaux sont devenus des ascenseurs émotionnels, un soutien psychologique. Celui qui est visible est dépendant de celui qui est invisible et vice-versa. C’est un échange entre exhibitionnisme et voyeurisme. Se sentir admiré est une obsession contagieuse. La réalité est devenue une fiction perturbante. Qu’est-ce qui donne envie aux gens de partager leur intimité ? Est-ce l’adrénaline que provoque la célébrité ou la mode qui dirige les choix au-delà des pensées ?

 

Un roman palpitant et remarquable qui questionne et dénonce l’époque des réseaux sociaux,  l’asservissement des enfants, surexposés comme des stars par leurs parents alors que leur création ne se repose sur pas grand-chose. Delphine De Vigan décrypte les méfaits de cette nouvelle pratique, les causes de la disparition, la violence sournoise et la difficulté à garder le contrôle. Elle interroge cette réalité devenue une fiction vertigineuse, des sentiments superficielles au mileu d'une triste solitude. Elle invente le futur de notre société où les certitudes dépassent la frontière de l’intime. Les enfants sont rois est une antiphrase au cœur des croyances, un syndrome en référence à l’excellent film the Truman show. Un livre à ne pas manquer parce qu’il fait réfléchir sur notre façon de vivre. 

 

 

Extraits : 

 

Story 1

Diffusée le 10 novembre à 16h35                                                                                                                      Durée : 65 secondes

La vidéo est filmée dans un magasin de chaussures.                                                                                        Voix de Mélanie : " Mes chéris, nous sommes arrivés chez Run-Shop pour acheter les nouvelles baskets de Kimmy ! Hein mon petit chat, tu as de nouvelles baskets car les autres commencent à être un peu serrées ? ( La caméra du téléphone portable se tourne vers la petite fille qui met quelques secondes avant d’acquiescer, sans grande conviction .) Alors voici les trois paires que Kimmy a sélectionnées en 32 ( À l’image, les trois paires sont alignées.) Je vous les partage de plus près : une paire de Nike Air dorées de la nouvelle collection, une paire d’Adidas trois bandes et une paire sans marque avec un renfort rouge… Il va bien falloir qu’on se décide et, comme vous le savez, Kimmy déteste choisir. Alors mes chéris, on compte vraiment sur vous ! "

À l’écran un mini-sondage Instagram apparaît en surimpression :                                                                                                                                                                                                                                                              " Que doit prendre Kimmy ?                                                                                                           A- Les Nike Air                                                                                                                                                B- Les Adidas                                                                                                                                                     C- Les baskets premiers prix. "

Mélanie retourne le portable vers elle pour conclure : '"Mes chéris, heureusement, vous êtes là et c’est vous qui décidez ! "

 

 

" Lorsqu’elles se rencontrèrent pour la première fois, dix années s’étaient écoulées depuis l’installation de Mélanie Claux en région parisienne et l’entrée de Clara Roussel à l’école nationale supérieure d’officiers de police. Dix années comme un coup de vent ou un coup de matraque, de celles sur lesquelles on se retourne, étourdi, groggy, sans comprendre ce qui s’est passé. Des années de jeunesse, rapides, décisives, que l’une et l’autre auraient eu du mal à qualifier si on leur avait posé la question. Ou peut-être auraient-elles répondu : gaies et tristes à la fois. Des années qui entreraient bientôt dans une sorte de brume, de plus en plus épaisse, de laquelle émergeraient toutefois quelques dates, administratives, affectives ou symboliques. "

 

 

"Dans la courte nuit qui suivit la disparition de l’enfant, Clara fut réveillée par une phrase, parfaitement distincte. Cela lui arrivait de temps à autre : des mots limpides, ordonnés, comme s’ils venaient de sa propre bouche, la sortaient brutalement du sommeil. À chaque fois, ces phrases surgies du rêve, de l’inconscient, ou d’un endroit de la nuit auquel elle n’avait pas accès avaient revêtu par la suite une signification et, parfois même, une dimension de présage. À 5 H 20, elle s’était assise dans son lit et avait entendu dans le silence de sa chambre cette phrase qu’elle était elle-même en train de prononcer : " C’est un monde dont l’existence nous échappe." Cette petite fille de six ans avait disparu dans le monde, le vrai monde, dont Clara cernait globalement les dangers. Mais Kimmy Diore avait grandi dans un monde parallèle, un monde construit de toutes pièces, virtuel, qu’elle ne connaissait pas. Un monde qui obéissait à des règles dont elle ignorait tout. "                               

 

 

"L’effroi était entré dans le corps de Mélanie en une fraction de seconde, acide, brûlant, puis s’était répandu dans chacun de ses membres. L’effroi était dans son sang, puissant, bien plus puissant que tout ce qu’elle aurait pu imaginer. Pourtant, des histoires d’enfants qui disparaissaient et de mères éperdues d’inquiétude, elle en avait vu un certain nombre à la télévision ou sur Netflix. Le kleenex à portée de main, elle s’identifiait aux héros. Elle souffrait avec eux, et songeait un instant, juste un instant, qu’une chose semblable pouvait lui arriver. Juste le temps de se dire : « Je ne pourrais pas le supporter. » Mais cette fois, elle n’était pas face l’un de ces personnages dont elle admirait le sang-froid ou le courage, ce soir c’était elle qui était là, debout dans son salon, raide, tendue, incapable de s’asseoir, incapable de supporter le moindre contact physique, pas même la paume de son mari posée sur son épaule. À jamais gravés dans sa mémoire : la voix étranglée de Sammy, sa pâleur, son souffle coupé."

 

           

" Ce matin-là, ils s’étaient levés comme tous les matins, ignorant qu’il ne leur restait que quelques heures de bonheur, de sérénité, et que le soir même leur vie aurait sombré dans un désastre qui n’avait pas de nom. Qui pouvait imaginer cela ? Elle aurait donné n’importe quoi pour revenir en arrière. Quelques heures. Seulement quelques heures. Dire non. Voilà tout. Non, vous n’allez pas jouer dehors. Il suffisait de rien, trois fois rien. Quelqu’un, quelque part, pouvait bien lui accorder cette faveur : remonter le temps et prononcer d’autres mots. Des mots qu’elle avait hésité à dire, des mots qui avaient effleuré ses lèvres mais qui, dans un moment de faiblesse, s’étaient inclinés. Elle voulait dire non. Non, nous n’avons pas le temps, il faut terminer le travail scolaire et tourner une vidéo pour Instagram. Mais Kimmy et Sammy avaient eu l’air tellement contents à l’idée de retrouver les autres. Alors elle avait pensé: "pour une fois", et elle avait dit oui. Une fois, une seule, et leur vie était dévastée ?"

 

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