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Un blog où je vous fais partager mes chroniques littéraires, mes coups de coeur, j'essaie de mettre en lumière des romans, des livres qui semblent dans l'ombre. Je suis une amoureuse des mots assemblés, de ces personnages de romans que l'on croise, que l'on rencontre dans nos vies.Tous ces mots qui nous enveloppent sans cesse et que l'on n'ose pas dire, qu'on n' arrive pas à écrire, qu'on garde au fond de nous comme des larmes et qu'on retrouve dans les livres. Une page pour partager l'art littéraire, parce que l'art c'est ce qui nous fait respirer et qui nous sauve de tout.

06 Jan

Pas même le bruit d'un fleuve d'Hélène Dorion

Publié par Sansfin

Pas même le bruit d'un fleuve d'Hélène Dorion

Le roman d’Hélène Dorion "Pas même le bruit d’un fleuve" tire son nom d’un poème d’Yves Bonnefoy. La poésie se déploie dès les premiers mots, les premières émotions. Ce roman se compose comme le tracé d’une œuvre d’art, il y a ce que l’on voit et les nombreuses questions qui nous sillonnent.

À la mort de sa mère, Hanna découvre les tragédies intimes de celle qui l’a mis au monde grâce à des carnets, des photographies, des articles de journaux retrouvés. Hanna a besoin de comprendre l’absence, le silence de sa mère ainsi que la violence de son père. Hanna va se confronter aux fantômes du passé, à la couleur des amours, aux regrets. Hanna est passionnée d’écriture et de poésie, depuis toujours elle partage sa passion de l’art avec Juliette son amie d’enfance qui est peintre. Ensemble, elle partage leur quotidien dans le meilleur et dans le pire. Hanna va traverser le fleuve, le Saint-Laurent à Montréal pour combler le vide, s’imprégner d’une réalité nébuleuse qu’elle a longtemps ignorée. Hanna va comprendre au fil du temps que le fleuve est le témoin d’histoires, elle va exhumer la mémoire des disparus en gardant vivant leur écho.

Hanna, héritière de cette histoire, tisse la toile des générations, des révélations, des drames qui influencent l’ensemble des vies. Hanna avance dans le sillage des souvenirs pour que les images se projettent face au miroir. Elle fait jaillir l’ivresse qui remonte à la surface après s’être laissé submerger par ses fragilités. Hanna se plonge dans l’écriture comme un exutoire pour ne pas que la survivante devienne une naufragée. La poésie a ce don de garder intactes les choses, mais elle sait aussi faire face aux fêlures qui nous brisent en nous apprenant à accepter l’impermanence des choses et le destin qui s’en empare. L’art nous façonne pour toujours.

Hélène Dorion maitrise la profondeur des émotions. Ses mots sont envoûtants, ils s’accordent comme des notes de musique et dansent là où la lumière donne du sens aux ombres.

Un roman intimiste, poétique qui nous transporte au milieu des vagues de l’existence de ces personnages très attachants. La poète Québécoise dépeint de façon admirable le deuil, la relation mère-fille, les transmissions familiales, la quête de soi, l’amitié, la force de l’art. Un roman remarquable qui marque l’empreinte de ces disparus.

Et comme le dit si bien le poète suédois Tomas Tranströmer "Au bout de la souffrance, il y avait une porte."

 

Extraits du roman :

 

"Combien de jours vivrons-nous ? La question est aussi brutale qu’incongrue. Si on l’esquive, les années peuvent s’égrener sans qu’on les voie. À la fin, il ne resterait alors que des heures qui ont glissé comme l’eau d’une rivière rejoint le fleuve, rejoint la mer, et ne laisse aucune trace de ce passage."                        

 

"Je ne crois pas que ma mère se soit jamais posé cette question. Chaque jour semblait pour elle un exercice de survie. Entre les moments où je la voyais accomplir les tâches de la maison, ceux où elle paraissait joyeuse avec ses amies, et les autres où, avec mon père, c’était la guerre, il lui arrivait de s’arrêter, de fixer le vide comme un ailleurs qui l’aspirait. Si j’essayais alors de lui parler, je butais contre son absence. Le visage de Simone me devenait étranger, ce n’était plus ma mère qui était là, mais une inconnue. Encore aujourd’hui, je ne peux dire que je connais toute l’histoire. Mais sait-on jamais la vérité entière de nos parents ? "

 

"Les moments où ma mère restait assise, silencieuse, et semblait perdue dans ses pensées, je n’imaginais pas qu’elle puisse souffrir. Il y avait tant d’autres moments où elle parlait, riait, s’agitait dans tous les sens pour terminer une chose ou en commencer une autre, je ne pouvais deviner que, bien avant ma naissance, une bombe avait éclaté en elle. La douleur s’était propagée dans son cœur, son ventre, sa tête et son regard, et n’en était jamais ressortie."

 

"Tu n'as jamais su que ta mère écrivait ? me demande Juliette. Cette femme était si secrète, elle paraissait flotter au-dessus de la vie – ou en dessous  -, suivre des vents qu’elle était seule à ressentir. Mes parents n’ont rien de mystérieux, c’est pour ça que Simone me fascinait tant. Mais je sais que tu as toujours souffert de la distance qu’elle maintenait entre vous. Comme un monde qui aurait éclaté en une multitude de fragments, vous étiez deux continents qui ne cessaient de dériver loin l’un de l’autre, des terres qui voguaient et se transformaient à mesure. Avec sa mort, peut-être que quelque chose est en train de se ressouder en toi ? "

 

"Je ne sais pas. J’ai passé ma vie avec les mots. Toutes ces années, ils m’ont appris à mieux lire le monde et les êtres , à découvrir du sens et à en créer. Aujourd’hui je me retrouve devant l’histoire de ma mère comme devant une langue étrangère. Et si je n’arrivais pas à recomposer ces fragments pour qu’ils imbriquent dans ma propre histoire ? Si, plutôt que d’éclairer mes pas, ces cahiers m’arrachaient à ce que je sais de moi-même et transformaient ce que je crois connaître de Simone ? "

 

"Puis j'ai voulu écrire, ouvrir moi aussi la fenêtre des mots pour qu'ils réinventent l'horizon. C'est ainsi qu'a commencé cette étrange entreprise qui, d'un livre à l'autre, m'incite à creuser dans la langue des sillons d'espoir et de questions."

 

"Les poèmes peuvent-ils nous sauver du naufrage ? Peuvent-ils souffler sur le brouillard qui a effacé l’horizon et dévoiler ces montagnes qu’on n’avait pas encore vues, dont on ne soupçonnait même pas l’existence ? "

 

 

 

 

 

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