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Un blog où je vous fais partager mes chroniques littéraires, mes coups de coeur, j'essaie de mettre en lumière des romans, des livres qui semblent dans l'ombre. Je suis une amoureuse des mots assemblés, de ces personnages de romans que l'on croise, que l'on rencontre dans nos vies.Tous ces mots qui nous enveloppent sans cesse et que l'on n'ose pas dire, qu'on n' arrive pas à écrire, qu'on garde au fond de nous comme des larmes et qu'on retrouve dans les livres. Une page pour partager l'art littéraire, parce que l'art c'est ce qui nous fait respirer et qui nous sauve de tout.

17 Jan

Chanson de la ville silencieuse d'Olivier Adam

Publié par Sansfin

Chanson de la ville silencieuse d'Olivier Adam

Dans son roman " Chanson de la ville silencieuse", un titre adopté au répertoire de Dominique A ,Olivier Adam revient avec une magnifique littérature qui ne disparaît jamais comme ancrée dans sa tête, son coeur et son ventre pour faire frisonner de nouveau la peau au fil des pas entre Paris et Lisbonne. Il raconte la fille d'un chanteur célèbre taciturne qui s'est évaporé sans laisser de traces, elle part à sa recherche dans l'espoir de le retrouver et de prouver que son suicide est un mensonge tant que le corps n'a pas été retrouvé. Elle se met à errer dans les rues de jour comme de nuit, portée par le manque de son père et par la vérité lancinante. Elle s'accroche à des signes, des souvenirs, se souvient de l'absence de mots dans son enfance et son adolescence, enveloppée par ses parents et le lendemain abandonnée. Une fille qui cherche sa place au milieu de la célébrité de son père et de la fragilité de sa mère. Une fille qui apprend à vivre avec l'excès de l'un ou de l'autre et qui prend conscience des brèches qui se sont formées à l'intérieur insidieusement. Un père qui a du mal à trouver une transition entre l'exaltation de la scène et sa vie intime. Une fille qui ne pensait pas qu'elle pouvait vivre autrement que dans l'éphémère.Un roman sur le monde de l'art, sur la peur de perdre le contrôle de sa vie, d'être submergé au point de vouloir fuir. Un livre qui nous prouve qu'il y a plusieurs façons d'aimer. Il dépeint le portrait d'une jeune femme attachante.

L'écriture est ciselée, palpable, vibrante et fiévreuse.

Un très beau roman qui fait monter les larmes. Olivier Adam nous laisse encore sans voix. Un bijou littéraire. À lire absolument

 

 

Extraits du roman :

 

" Quand nous vivions encore ensemble, Simon se moquait de moi. De ma tanière obscure. Il n'en pouvait plus à la fin. Me sommait d'ouvrir les rideaux. Rêvait de lumières franches. De laisser entrer le jour. Toi qui as le goût des grands soleils, des cieux lavés, des printemps limpides. L'été contaminé par la mer. Tout cela n'avait pas le moindre sens à ses yeux. Il supportait de plus en plus mal mes contradictions. Mes manies. Mes empêchements. Mes troubles obsédants, persiflait-il. Les objets que j'assignais à des emplacements précis, millimétrés. Les plafonniers que j'avais privés d'ampoules. Le volume de la musique, du téléviseur, que je maintenais au minimum. Le signe que je lui adressais dès qu'il me semblait qu'il élevait la voix et qu'on pouvait nous entendre. Ma peur constante de déranger les voisins. Mon incapacité à supporter la moindre occasion. Mes rires en sourdine. Ma façon de vérifier cent fois que la porte était bien fermée, les robinets coupés, les appareils électriques éteints avant de quitter l'appartement. Mes itinéraires maniaques, les rues que j'évitais, celles qui valaient des détours sans logique. Bien sûr tout avait empiré à la fin de l'été. J'étais sans nouvelles de mon père. Puis on avait annoncé son décès. Son corps voguait quelque part, introuvable, tapi dans le silence des rivières. Je n'étais pas certaine de pouvoir m'y résigner."

 

 

" Il est arrivé qu'il m'emmène avec lui. Un instrument à récupérer nous offrait un prétexte. Une petite virée père fille en Italie, en Espagne, au Danemark. Nous ne restions jamais très longtemps. Il semblait toujours un peu désemparé. Ne savait pas bien quoi faire de moi. Quels mots m'adresser. Quels gestes tenter. J'avais l'impression de l'encombrer.Ce furent pourtant les seuls moments où je l'ai eu pour moi à l'époque. Où nous avons été vraiment ensemble. Bien plus qu'ici où nous ne faisions que nous croiser. Parce qu'il était toujours fourré dans sa chambre, qu'il appelait son "bureau", ou parti en balade, son dictaphone en poche, ou bien dans son studio à essayer des choses, suivre des pistes, graver une idée, un bout de mélodie, un enchaînement, un riff. Parce qu'il vivait dans sa tête où bourdonnaient des mots, de la musique, et leur absence qui prenait toute la place le rendait dingue. Parce qu'il vivait la nuit et dormait le jour. Buvait trop. Prenait je ne sais quels trucs. Alors son regard se voilait et je n'y entrais plus. Mes mots n'atteignaient pas vraiment sa conscience. Il acquiesçait dans le vide. Puis tout le monde rappliquait et je disparaissais tout à fait. Ils étaient tous absorbés par le disque en cours, par les longues soirées qui suivaient les sessions. Les engueulades dantesques, les repas qui dégéneraient, leurs histoires de cul. Et un jour, pfuit, plus personne."

 

 

" Je n'ai jamais bien su qui était mon père. Qui il était au fond. Pour le comprendre, il me faudrait dresser l'anthologie des légendes. Y opérer un tri. Même si je ne suis pas certaine d'en être capable. Sa biographie regorge de faits, d'anecdotes que je ne suis plus à même que quiconque de valider ou d'infirmer. Il me faudrait aussi me fier à ce que j'ai vu, ce que j'ai cru saisir - mais là non plus je ne suis sûre de rien. Et tenter d'assembler tout cela comme autant de points éparpillés, qui une fois reliés laisseraient apparaître une image. Qu'obtiendrais-je alors ? Rien sans doute. Des figures entremêlées. Des lignes contradictoires. Un puzzle impossible à reconstituer." 

 

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