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Un blog où je vous fais partager mes chroniques littéraires, mes coups de coeur, j'essaie de mettre en lumière des romans, des livres qui semblent dans l'ombre. Je suis une amoureuse des mots assemblés, de ces personnages de romans que l'on croise, que l'on rencontre dans nos vies.Tous ces mots qui nous enveloppent sans cesse et que l'on n'ose pas dire, qu'on n' arrive pas à écrire, qu'on garde au fond de nous comme des larmes et qu'on retrouve dans les livres. Une page pour partager l'art littéraire, parce que l'art c'est ce qui nous fait respirer et qui nous sauve de tout.

04 Oct

Mistral perdu ou les événements d'Isabelle Monnin

Publié par Sansfin

Mistral perdu ou les événements d'Isabelle Monnin

Isabelle Monnin a le don d'écrire comme on photographie. Nous sommes dans les années 80, c'est l'histoire de deux sœurs fusionnelles qui s'aiment à tout partager, à tout vivre. L'ainée nous plonge dans l'intimité familiale de leur enfance, de leur adolescence à l'âge adulte. Une famille d'érudits qui aiment se réunir entre eux pour débattre sur des sujets de société et qui leur ont transmis un héritage culturel. Elles sont complices et complémentaires, elles s'intéressent à tout ce qui peut les enrichir, elles sont empathiques et altruistes, prêtes à se donner pour les autres. La musique est leur force tranquille, la politique (issu de leur éducation) les palpite , l'art est une passion, une boussole, leurs idées sont des découvertes sans fin sur le monde et sur les gens dans une société où la guerre des égos a pris le dessus sur la quête nécessaire à chacun pour mieux vivre. Il y a leur relation aimante qui bat à travers les événements de leurs vies, de la société où elles expriment sans cesse leurs idées créatrices et leurs convictions pour que le monde change. Elles sont deux sœurs qui dansent sur des mots polysémiques. Nous sommes comme dans un film, il y a ce qu'elles vivent, ce qui s'est passé et ce qu'elles en retiennent, on voit la bobine qui se déroule en souvenirs comme des empreintes, ce sont vers eux qu'elles se tournent quand tout leur semble flou. Deux sœurs qui se connaissent au point de ressentir la joie ou la peine de l'autre. On est porté par leurs rituels, par la musique de leurs chanteurs préférés qui tourne en boucle sur leur platine et dans notre tête au fil des pages. Et puis le temps se met à figer les souvenirs, ils deviennent la clé d'une reconstruction... Des vies qui se superposent.

Un très beau récit autobiographique où l'écriture d'Isabelle Monnin est le symbole d'une littérature qui enveloppe et qui marque. Les mots vibrent sous la peau et dans la tête.                                                                       L'auteur nous offre un bel hymne à la vie et à l'amour, on en ressort enrichi et comblé.Un gros coup de cœur, à découvrir absolument

 

Extraits du récit :

 

Enfance

" Nous sommes deux, presque plus des enfants et le monde est notre ami. Le temps résonne au futur, il est un long tapis roulant qui n'attend que nous pour se mettre en marche. Nous sommes puissantes, pas tellement inquiètes. Personne ne lui fait signe pour la presser d'en profiter. Personne ne se lève discrètement pour me prévenir. Aucune parole amicale pour me chuchoter que nous fabriquons juste un passé. Nulle voix pour m'avertir : tout s'évaporera sauf la petite valise rouge. Ces choses-là n'arriveront pas puisqu'on ne les dit pas. N'arriveront pas puisque nous sommes les filles et que nous dansons, maladroites vitamines, sur Pop Corn."

 

" Nos journées jouent à l'élastique, se quitter, se rejoindre, se raconter, verser dans la tête de l'autre tout ce qui a été frôlé, espéré, déçu. Elle n'a pas encore dix ans mais au collège je n'ai pas trouvé meilleure amie. Il y a bien une fille, dont la profondeur m'attire comme un puits, mais personne ne me connaît mieux que ma sœur. La laisser, même pour quelques heures, revient à endosser un manteau de solitude. Nul ne me dit comme elle qui je suis.Que je suis. Elle est celle par qui j'existe au monde, depuis son premier regard sur moi- effacé à jamais de ma mémoire mais gravé préhistorique dans ma roche de sorte que jamais je ne puisse en douter. Être à ses côtés c'est se chauffer à une force mystérieuse, peut-être tellurique. On dirait qu'elle a trouvé le secret de la vie, ça irradie d'elle entière, je voudrais m'y frotter comme à une lampe magique, qu'elle me prête un peu de son fluide, qu'elle m'en maquille les yeux et la bouche."

 

Adolescence

" Nous sommes deux, nos corps ont changé et elle se souvient de tout. Rien ne varie dans nos routines. Le soir se raconter, plonger dans sa gaieté, s'écouter, vautrées sur un lit. Elle emmagasine mes anecdotes, en fait des pelotes, je ne sais pas quelles histoires elle se tricote avec mais plus tard, souvent, elle me surprendra en prononçant soudain, si possible sans rapport aucun avec la conversation en cours, le nom d'une camarade oubliée ou d'un professeur enfoui. Lorsqu'elle me rejoint, mon lit devient scène. Je m'assieds par terre et je la regarde, ses spectacles nous projettent ailleurs. La réalité est trop petite pour elle, elle ne s'y résoudra jamais. Elle est tous les personnages et chaque voix, je suis tous les publics. La comédie est sa manière de vivre toutes les vies. Ma sœur est la fiction entière. C'est la vive mélodie des premières danses. Elle nous va bien, je crois que nous sommes jolies."

 

Adultes

" Est-ce que je réécris l'histoire ? Étions-nous moins beaux, moins heureux, que ceux que je vois dans le rétroviseur ? Où se cachent les sensations vécues ? Pour les retrouver, et nous avec peut-être, je tente d'avancer dans la forêt des mots, l'écriture au couteau, pas de lampe de poche, aucun abri de fiction. Derrière un rideau de roseaux près du lac, j 'approcherai, si j 'ai la chance du photographe animalier, le juste. S'il y a des trous, je tomberai; si ce sont des racines, je trébucherai. Sur les cailloux, il y aura peut-être trace de ce qui nous a percutés. Mais les douceurs, où sont-elles ? Les pensées tranquilles ? Les félicités qui réchauffent le ventre ? Tout est liquide, coulé, évaporé, avalé par les nuages."

 

" Nous sommes deux, nous ne sommes pas tout à fait adultes et la vie est une répétition générale. Nous passons des heures à nous resservir du café en nous demandons ce que nous ferons plus tard. Il nous semble qu'il existe un mode d'emploi à découvrir pour réussir nos vies, comme si quelque part se trouvait un plan mystérieux en langage codé qu'il suffirait de décrypter pour faire les bons choix.L'angoisse est de rater sa vie. Personne pour nous souffler que dix ans plus tard seulement, j'appellerai ces inquiétudes nos insouciances."

 

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