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Un blog où je vous fais partager mes chroniques littéraires, mes coups de coeur, j'essaie de mettre en lumière des romans, des livres qui semblent dans l'ombre. Je suis une amoureuse des mots assemblés, de ces personnages de romans que l'on croise, que l'on rencontre dans nos vies.Tous ces mots qui nous enveloppent sans cesse et que l'on n'ose pas dire, qu'on n' arrive pas à écrire, qu'on garde au fond de nous comme des larmes et qu'on retrouve dans les livres. Une page pour partager l'art littéraire, parce que l'art c'est ce qui nous fait respirer et qui nous sauve de tout.

27 Dec

" La dernière leçon " et " Suite de la dernière leçon " de Noëlle Châtelet

Publié par Sansfin

" La dernière leçon " et " Suite de la dernière leçon " de Noëlle Châtelet
" La dernière leçon " et " Suite de la dernière leçon " de Noëlle Châtelet

 La dernière leçon est un récit autobiographique bouleversant. C'est l'histoire de la mère de l'auteur qui annonce à ses enfants et à ses petits-enfants qu'elle a décidé de mettre fin à ces jours à l'âge de 92 ans. Le portrait de deux femmes aimante et complice. Une leçon de vie pour apprendre à accepter le choix de sa mère qui est de mourir. Comment peut-on accepter quelque chose que l'on n'a pas choisi ? Et si le fait de savoir ce qui allait se passer donnait moins de dureté au deuil à faire qu'à quelque chose qui arrive par surprise ? Que la mère sera à tout jamais unis à ses enfants parce qu'elle est reliée à la vie. Une fille qui apprend au fil des pages la leçon de vie de sa mère. Il y a le rire qui nous redonne du souffle pour adoucir la peine, on est épris par toutes ces choses simples qu'elles partagent qui nous rappellent notre vécu et nous font du bien. Une mère et une fille emportées par la même cause, il y a celle qui va quitter le monde et celle qui va devoir continuer à vivre dans ce monde avec l'absence et comme boussole les souvenirs. Un très beau récit poignant et lumineux qui nous arrache les larmes. à lire absolument

 

Le deuxième livre, l'auteur raconte le parallèle entre l'écriture de ses deux romans et le voyage initiatique au cœur de l'adaptation cinématographique . Est-ce qu'il y a une frontière entre l'écrit et l'écran ? Deux récits sur la fin de vie où la loi préfère faire dormir que d'aider à mourir comme le dit Noëlle Châtelet dans son deuxième ouvrage " Le pays des droits de l'homme n'est pas au bout de ses peines pour ceux qui souhaitent mourir debout, les yeux ouverts, en célébrant la beauté d'un soleil couchant." De la belle littérature qui n'écorche pas uniquement, elle fait réfléchir. Noëlle Châtelet a beaucoup de talent.

 

Une sublime adaptation cinématographique de Pascale Pouzadoux. À voir absolument.

 

Extraits du récit la dernière leçon:

 

" Ce sera donc le 17 octobre.

C'est ainsi, par cette phrase, toute simple, ces six mots, tout simples, que tu nous l'as annoncée, ta mort.

Phrase guillotine que cette petite phrase-là. Couperet. Six mots faits d'acier tranchant aiguisé avec constance, depuis des années.

Tu l'as prononcée tranquillement, calmement. Pour qu'elle fasse le moins de mal possible, qu'elle paraisse naturelle, comme on annonce la date d'un voyage, pour qu'elle soit audible à l'oreille de tes enfants en principe préparés à l'entendre, depuis des années.

Cette phrase, je n'étais pas prête, pas prête du tout, à l'entendre pour de bon, je l'ai compris aussitôt.

Chacune son rôle. Chacune son choix. À celui de ta mort. À moi celui des lamentations légitimes.

Et j'en ai rajouté une tendance naturelle, je me suis déclarée à l'avance, et pour toujours, inconsolable, en m'agitant beaucoup, la voix dans les aigus, les mots dans les aigus, avant que je m'aperçoive que... Tu riais.

Sans ostentation, avec bonté, tendrement, mais tu riais !

J'ai dû te détester une demi-seconde, bon, une seconde entière, le temps de redescendre des cimes de l'aigu, du pic de l'exaspération, jusqu'à ce que je sente ta main sur la mienne et que ton rire frais décourage mes larmes d'orpheline."

 

" Qui d'autre que toi pouvait en effet les apprécier, dans leur réalité, les fameuses limites de l'insupportable, puisque aucune puissance supérieure, en dehors de ta propre conscience, ne dictait ta pensée et tes actes ? Qui d'autre pouvait s'arroger le droit de contester ou de s'opposer à l'intime conviction de ta dignité ou de ton indignité ? Tes enfants ? Au nom de l'amour ? Non, non, même pas eux. 
Que savions nous réellement de ce corps de mère maintenant si défait, usé, de cette tête, aujourd'hui si lasse ? Nous n'étions pas toi, tout simplement. Finie, la fusion. Nous étions nés. Nous étions autres. Quant à l'amour, il n'était d'aucune aide pour combler l'impossible distance de l'enfant à toi, à moins de le contraindre, de le tordre, de lui faire accepter l'inacceptable : l'absolu arrachement."

 

"J'ignore si pendant ces conversations ardentes, ces partages de mère à fille, de fille à mère, d'une merveilleuse liberté, tu parvenais à ne plus penser qu'ils étaient comptés, ces moments, à présent que la date, était dans sa tête. Je ne t'ai pas posé la question. Je dirais oui et non. Oui, parce que rien dans ton attitude, tes propos, ton intérêt pour les choses n'avait changé. Tu étais la même, invariablement la même, à questionner, à plaisanter, à t'assombrir, à t'émouvoir, à t'offusquer, à jubiler, à compatir, et pourtant non, parce que si on écoutait bien, si on regardait bien, une remarque ou un geste venait me rappeler à l'imminence de ta disparition, comme pour t'assurer qu'elle était bien inscrite dans ma mémoire, que j'en tenais toujours compte à l'horizon de ma conscience."

 

 

Extraits du récit la suite de la dernière leçon :

 

" Plus de douze années se sont écoulées depuis que ma mère a décidé de mettre fin à ses jours. Elle avait 92 ans. Mais peut-on croire ?...

Peut-on croire qu'il soit concevable d'entendre sa propre mère annoncer la date de sa mort ?

Peut-on croire qu'une fille accepte cette décision d'abord sans résister ?

Peut-on croire qu'elle veuille ensuite accompagner sa mère sur le chemin d'une mort choisie ?

Peut-on croire que ce cheminement commun puisse faire reculer la peur, l'effroi ?

Peut-on croire que cette expérience si âpre, mais si lumineuse,fût aussi remplie de joie, de rire ?

Peut-on croire que mère et fille se tiennent la main jusqu'à la dernière heure ?

Peut-on croire que le deuil d'une mère puisse se faire avec elle, avant sa mort, pour ne plus avoir à le faire après ?

Peut-on croire, en un mot, que la mort s'appenne comme un ultime acte de vie ?

Il aura fallu la mort exemplaire de ma mère pour que moi-même j'y croie, car avant de le vivre, je n'y croyais pas."

"Je ne sais rien de ce qui va se passer, rien de la manière dont je vais recevoir cet objet, cette œuvre qui n'est plus la mienne, mais s'est nourrie de moi pour se transformer. D'avoir suivi, pensé, presque jour après jour, cette métamorphose devrait m'aider à y voir plus clair, et pourtant non ! Je suis sans protection soudain. À la merci de mes réactions. Comment vais-je vivre, et à quelle distance de moi-même,ce film?

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Bernard Baissat 28/12/2016 10:41

Pour connaître le véritable personnage de Mireille Jospin, vous pouvez visionner mon documentaire sur mon blog: Ecoutez Mireille Jospin, une femme en marche
2000, 70 minutes, film vidéo
http://bbernard.canalblog.com/archives/2013/01/02/26049754.html

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