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Un blog où je vous fais partager mes chroniques littéraires, mes coups de coeur, j'essaie de mettre en lumière des romans, des livres qui semblent dans l'ombre. Je suis une amoureuse des mots assemblés, de ces personnages de romans que l'on croise, que l'on rencontre dans nos vies.Tous ces mots qui nous enveloppent sans cesse et que l'on n'ose pas dire, qu'on n' arrive pas à écrire, qu'on garde au fond de nous comme des larmes et qu'on retrouve dans les livres. Une page pour partager l'art littéraire, parce que l'art c'est ce qui nous fait respirer et qui nous sauve de tout.

12 Dec

Falaises d'Olivier Adam

Publié par Sansfin

Falaises d'Olivier Adam

Dans le roman " Falaises", le narrateur fait un kaléidoscope de son enfance, de sa vie avec ses parents et son frère, des états d'âme familiaux et des souvenirs.C'est tout qui bascule dans l'existence de cet homme qui revient où sa mère a eu la faiblesse d'en finir.On ressent tout le long du livre le poids de ce qu'ils ont vécu, ce qu'il a compris trop tard. Il y a l'ombre des pas, la voix de la mère qui résonne comme un écho.C'est la mort qui recouvre les instants de bonheur, qui les figent.C'est une peur enfouie, une brûlure sur la poitrine quand il repense aux silences, aux coups de gueules qu'ils avaient et qui écorchaient même derrière les portes.Il recherche une somnolence, une tendresse au milieu d'un deuil à faire et d'une vie à construire. On se sent asphyxiés par le manque et on a l'impression de marcher au-dessus du vide.Il y a les choses qui ne se dissolvent pas dans le temps.Des choses qu'il comprend trop tard, quand le temps a évaporé les croyances, quand le manque a exhumé la vérité.Un homme qui avance comme un somnambule, conscient et apeuré. Il y a l'extinction des voix, la fragilité du lendemain et les blessures imprévisibles.De la très belle littérature. Du très grand Olivier Adam comme toujours. À lire absolument

 

Extraits du roman :

 

" Avant tout cela je ne me souviens de rien. Ni de ma mère ni de moi-même. De ma naissance à mon premier souvenir, neuf ans se sont consumés sans laisser de trace. Et jusqu'à la mort de maman tout reste trouble et désarticulé.Je me demande parfois si tout ce que j'ai oublié s'est logé quelque part. Si tous ces événements, ces mots, ces sensations, ces gestes accumulés me constituent un peu, me font une manière de socle, ou bien si j'ai grandi sur du vide, un sol qui se dérobe."

 

" Bien sûr je rêvais d'elle et elle était vivante, me parlait, me souriait, passait les doigts dans mes cheveux, prenait ma main dans la sienne et m'entraînait dans la forêt, les arbres dégouttaient d'une pluie récente. Elle ne cessait de m'apparaître en un éclair à peine discernable mais indiscutable, petit fantôme pâle et vaporeux, lorsque j'entrais dans la cuisine, dans le salon ou dans sa chambre. Je croyais vraiment la voir alors. Je clignais des yeux et elle disparaissait, ne laissait derrière elle qu'un déchirant souvenir, la déception cruelle qui suit un mirage. Parfois aussi, au dehors, j'entendais distinctement sa voix qui m'appelait, me parlait à l'oreille ou bien je l'écoutais pleurer.Je songe aujourd'hui qu'à cette époque je vivais dans un autre monde. J'y logeais sans douleur particulière, sans morsure, sans presque de cris ou de sanglots jusqu'à vomir, sans presque me rouler par terre, cogner ma tête aux placards des cuisines, cogner mon poing cent fois au ciment des murs. Dans la torpeur où me plongeaient les sédatifs que l'on m'administrait sur l'ordonnance de notre médecin de famille, je vivais dans des contrées cotonneuses, une partie floue de mon cerveau, tout à fait extérieur à la vie réelle, comme à un autre étage, dans une autre pièce, dans un passé continu où ma mère n'est pas morte."

 

"J'ai depuis renoncé à combler les vides. Au fond, ce que je sais de ma mère logé ailleurs, dans mon ventre et dans mon sang, sous chaque centimètre carré de ma peau."

 

" Une fois morte, elle n'a cessé de m'accompagner, de vivre autour de moi, de saturer chaque moment de sa présence, chaque parcelle d'air de son souvenir et du mystère de ma mémoire trouée."

 

"Je ne sais où Claire a trouvé la force de me tenir à flot, de me couver de ses regards indulgents, justes et aimants, où elle cachait ses réserves de patience, d'intelligence et de gaieté."

 

"Je me relève et je me dis parfois que le passé est une fiction, qu'on peut faire table rase, qu'on peut bâtir sur des ruines, et vivre sans fondations. Il m'arrive aussi de penser le contraire. De la naissance de Chloé, je garde la sensation précise des mains de Claire qui serraient les miennes. Ses doigts me tordaient les phalanges, s'y insinuaient et j'y sentais la peur. La peur que Chloé naisse, puis la peur qu'on nous l'enlève dans un même mouvement. Depuis toujours , depuis le début je crois, nous partageons cela avec Claire. Cette vision lucide et terrifiée de tout ce qui s'enfuit. De ce qui naissant commence a mourir ou menace de disparaître"

 

"Je crois qu'au fond nous n'avons jamais su parler autrement de la mort de maman. Jamais nous n'avons su en parler autrement qu'en nous mouchant sur le visage l'un de l'autre, en mêlant nos larmes et en nous serrant dans la nuit d'hiver."

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